L'histoire des notes

Vous entendez et/ou jouez du DO, RÉ, MI depuis l'enfance. Mais vous êtes-vous déjà demandé d'où venaient ces mots ?

Et si les notes de musique venaient d'un moine du XIe siècle ?

Je ne sais pas exactement quand j'ai découvert l'histoire de Guido d'Arezzo. Probablement un soir à tomber sur un truc en cherchant autre chose, comme souvent les meilleures découvertes.

Ce que je sais, c'est que quand j'ai compris d'où venaient le nom des notes que je joue depuis tout petit, j'ai eu ce moment un peu étrange où on réalise qu'on utilisait quelque chose tous les jours sans savoir d'où ça venait. Comme apprendre l'étymologie d'un mot qu'on emploie depuis toujours.

Guido d'Arezzo, l'homme qui a nommé les notes

Au début du XIe siècle, un moine bénédictin italien du nom de Guido d'Arezzo a un problème concret : apprendre des mélodies à ses chanteurs prend un temps fou. Pas de partition comme on l'entend aujourd'hui, pas de repère visuel fiable, on apprend principalement par imitation, par répétition, par cœur.

Guido cherche un système. Un truc mnémotechnique, dirait-on aujourd'hui.

Il trouve sa réponse dans un hymne latin que tout le monde connaît à l'abbaye : l'Hymne à Saint Jean-Baptiste. Ce qui est remarquable dans cet hymne, c'est que chaque vers commence par une note qui monte progressivement dans la gamme. Guido prend la première syllabe de chaque vers. Et voilà :

UT queant laxis RE sonare fibris MI ra gestorum FA muli tuorum SOL ve polluti LA bii reatum Sancte Johannes

UT, RE, MI, FA, SOL, LA. Six notes. Six syllabes. Un hymne connu de tous ses moines, transformé en outil pédagogique.

Le SI viendra plus tard, construit à partir des initiales de Sancte Johannes. Et le UT deviendra DO, plus facile à chanter, plus ouvert, plus naturel en bouche.

Mais le RE, lui, n'a pas bougé. RE sonare fibris = « pour que résonnent les cordes ».

Je ne pouvais pas rêver mieux comme point de départ.

Pourquoi cette histoire m'a obsédé

Ce qui me fascine là-dedans, c'est la simplicité du geste. Guido n'a pas inventé les notes. Il a juste trouvé un moyen de les nommer à partir de quelque chose qui existait déjà, un hymne, une mélodie connue, une mémoire collective.

C'est exactement ce que j'essaie de faire avec Resonare Sexaginta. Partir de quelque chose d'existant, une note, un tempo, et voir ce que des artistes différents sont capables d'en faire.

Guido d'Arezzo voulait que ses moines puissent apprendre plus vite. Moi je veux que des musiciens que je ne connais pas encore puissent créer librement.

Mille ans d'écart. Le même point de départ : RE sonare.

C'est cette histoire qui est à l'origine de Resonare Sexaginta. Si elle vous parle, la suite du projet est par ici → Le projet RSX60.fr.

Source

Pour ne citer qu'elle